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Les voix de MU

" Il m'arrive souvent de réécouter certains passages et d'essayer encore de comprendre..."


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vendredi 14 novembre 2008

Les voix de MU - [4]

Enregistrement du 13 septembre 1966 – 14h10
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— ... je ne sais pas pourquoi... enfin si je sais...ou, plutôt, je crois savoir ...mais c'est plus fort que moi, terriblement plus fort ... Je ne suis pas fou pourtant. Lui-même est venu me dire que je n'étais pas fou... Merde ! venir discuter avec moi, ...seulement avec moi.  Inimaginable ! ...me parler de MU et de moi... Un peu plus et il me faisait une révérence ! Là j'ai cru que le temps s'arrêtait. Impossible d'en parler, impossible... qui me croirait ?...alors voilà, je parle...tout seul...
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Enregistrement du 14 septembre 1966 – 12h25
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— ...maintenant j'ai peur de dormir... Je fais des rêves qui m'épuisent. Depuis quelques jours je me vois assis au bord de la plage où une gamine vient s'assoir devant de moi avec son seau. Elle ne se retourne même pas et reste au bord de l'eau. Puis elle s'en va en laissant une pelle plantée dans le sable. Je me réveille chaque fois que je cours la rejoindre avec l'impression que je n'arriverai jamais à lui rendre sa pelle... ce qui me bouleverse profondément.
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Enregistrement du 20 septembre 1966 – 15h37
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— ...et puis il y a encore cette gamine. Elle revient toujours. J'ai décidé de ne plus courir cette fois. Mais quand j'ai pris la pelle, j'ai vu qu'elle était plantée dans un cercle tracé maladroitement du bout des doigts alors j'ai eu l'envie irrépressible de creuser... J'ai creusé, creusé de toutes mes forces et de plus en plus vite, il le fallait puisque le sable et l'eau comblaient chaque fois le trou. Je me suis réveillé avec un terrible sentiment d'impuissance, proche du désespoir... Je suis fatigué, trop fatigué...
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Enregistrement du 21 septembre 1966 – 14h12
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— La petite est encore venue mais cette fois avec deux pelles. Elle s'est tournée vers moi en souriant. C'était la première fois que je la voyais et pourtant elle me semblait familière, j'en aurai pleuré. Puis elle m'invita à creuser avec elle mais toujours sans succès : l'eau et le sable étaient plus forts que nous. Je n'ai jamais ressenti aussi fort ce sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir l'aider. Elle était inconsolable.
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Enregistrement du 23 septembre 1966 – 15h56
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— ...maintenant quand je la vois au loin, je quitte la plage me cacher derrière les palétuviers. Elle m'appelle mais je ne répond pas. Je la voie qui creuse, qui creuse toute seule et moi qui ne fait rien pour l'aider. J'étais mal à l'aise la première fois, honteux même. À présent je souris de la voir faire. Elle ne pleure même plus...et ça me rassure.
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À  suivre...

mardi 7 octobre 2008

Les voix de MU - [3]

Durant l'été 1966, dans le pacifique, des forces navales considérables mirent le cap sur l'atoll de Mururoa, à des milliers de kilomètres des grandes capitales de l'hémisphère sud. Perdu dans l'océan, ce minuscule point du globe  fut désigné comme site stratégique de premier ordre par le gouvernement français. L'objectif déclaré étant de pouvoir y vérifier le comportement de la bombe atomique française.

Enregistrement du 10 septembre 1966 – 01h13
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— C'est toujours comme ça avant les tirs : il y a beaucoup d'activités. Les gars sont nerveux... moi aussi d'ailleurs.
— Sommes-nous la cause de votre nervosité ?
— À votre avis, MU ? ...d'autant que le grand patron attend lui aussi. Y-a pas mieux pour nous mettre la pression.
— Pourquoi pensez-vous qu'il soit venu ?
— Ma foi. La bombe, c'est son bébé.
— Vous avez raison, c'est en quelque sorte une affaire de famille.
— Vous faites de l'humour, MU ?
— À votre avis ?
— Je ne suis plus sûr de rien avec vous.
— Depuis quand est-il arrivé ?
— Depuis trois jours, je crois.
— Depuis quand conversons-nous ?
— Depuis trois jours... Bon et alors ? Vous êtes venu avec lui ?
— Non, nous l'avons accueilli comme nous l'avons fait pour vous.
— Vous lui parlez aussi !
— Non, ce n'est pas nécessaire, vous savez maintenant qu'il y a d'autres moyens pour communiquer.
...

Enregistrement du 10 septembre 1966 – 02h37
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— Mais nom de Dieu, MU, qu'est-ce que je dois comprendre ? Qu'est-ce qu'il y a de si important ? Et puis comment voulez-vous que je vous croie ? Vous me rendez dingue avec vos histoires ! Vous savez qu'il y a des gars qui me regardent d'un sale œil depuis quelques temps ? Des bons copains qui commencent à prendre leurs distances. Pour sûr que j'ai pas la conversation facile ces temps-ci ! Si je leur parle de vous, je suis bon pour le niouf ou la camisole. Vous le comprenez ça ?
— Nous comprenons.
— Alors ne venez plus me dire que "le temps presse "ou que "c'était prévu de longue date" ou pire encore que "j'ai joué un rôle majeur". Foutez-moi la paix ! La paix, je vous dis ! La paix !
— C'est entendu. Nous cesserons de vous perturber davantage. Ce soir, les météorologues donneront le feu vert et, demain, le quatrième tir aura bien lieu. Nous savons que sa puissance ne sera pas suffisante mais nous avons tant patienté que nous saurons attendre le bon moment. Nous partirons donc sans vous puisque telle semble être votre décision.
— Mais je n'ai rien décidé moi. Rien du tout !
— Il est probable que quelque chose vous retient. Nous respecterons votre choix.
...

Le 11 septembre 1966, le Général de Gaulle déclencha lui-même le quatrième tir atomique sur Mururoa. Avant de quitter son navire pour rentrer en France, il félicita tous les personnels et fit une revue d'équipage. Certains témoignages assurent qu'il reçut en privé un matelot à sa demande. Chose exceptionnelle, l'entretien aurait duré plus d'un quart d'heure, soit bien plus qu'une poignée de main ou un échange de politesses comme il est d'usage. À ce jour, rien ni personne n'a permis de connaître la nature de leurs propos.

À suivre...

vendredi 12 septembre 2008

Les voix de MU - [2]

L'état de conservation des bandes magnétiques ne permet pas de retranscrire l'intégralité des sons enregistrés. De plus quelques longues parties, physiquement intactes, ont été démagnétisées. Par ailleurs, l'écoute attentive des enregistrements permet de différencier cinq voix qui toutes répondent au nom de MU. Un laboratoire spécialisé a pourtant démontré que chaque intervention de Mu conservait strictement les mêmes intonations, les même temps de pause et les mêmes variations de volume comme s'il s'agissait d'un seul et même locuteur.

Enregistrement du 09 septembre 1966 – 00h22
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— Vous habillez votre peur par votre silence n'est-ce pas ?
— Comme c'est bien dit. Vous êtes un vrai poète, MU.
— Votre ironie est de bon augure. Auriez-vous choisi de vous battre ?
— Me battre contre qui ?
— Contre vous même.
— La panique me submerge si vous voulez savoir.
— L'alcool aussi.
— Vous n'avez pas idée !
— Si.
— Faut bien que j'encaisse, non ?
— C'est une phase nécessaire en effet.
...

Enregistrement du 09 septembre 1966 – 02h48
...
— MU ? Vous ne dites plus rien ?
— Nous attendons toujours la réponse à notre question... Où en êtes vous de votre peur ?
— Arrêtez avec ça, vous voulez bien. Je fais avec c'est tout ! Ai-je le choix ?
— Oui.
— Sans blague.
— Vous avez peur, c'est un fait, maintenant essayez la confiance.
— Confiance ? en qui ? en vous ?!
— Commencez déjà par faire confiance en votre peur.
— Foutaises !
— La peur joue son rôle. Laissez-la donc faire...
— Foutaises, MU ! Foutaises !
— Nous pensons plutôt que c'est une solution. La peur vous éprouve sur un chemin qu'elle vous propose de suivre, étudiez donc ce chemin. On peut craindre de sauter par dessus un torrent sans repousser pour autant l'intérêt d'aller de l'autre côté, n'est-ce pas ?
...

Enregistrement du 09 septembre 1966 – 04h05
...
— Suis-je seul ?
— Personne n'est seul, jamais.
— Je veux dire, de toute l'armada, suis-je le seul à qui vous parlez ?
— Oui.
— Je suis si important que ça ?
— Tout le monde a de l'importance, ici comme ailleurs.
— Alors pourquoi moi en particulier ?
— Il nous importe que vous puissiez vous-même répondre à votre question.
— Je peux tourner en rond longtemps comme ça...
— Vous saurez répondre, vous êtes là pour ça.
— Nom de Dieu, MU, je suis là pour faire sauter des bombes comme tous les autres ici, un point c'est tout !
— Vous saurez répondre.
...

Enregistrement du 10 septembre 1966 – 00h17
...
— Je suis épuisé, MU.
— Je vous comprends.
— Je me sens comme au bord d'un gouffre. D'ailleurs pour la première fois depuis longtemps j'ai prié. J'ai demandé de l'aide. Tout à l'heure je me suis souvenu combien je courrais vite avec ma mère pour échapper aux bombardements. J'étais tout gamin et elle était paniquée... La première fois qu'on est rentré s'abriter j'avais eu bien du mal à comprendre ce que je faisais là, dans le noir surtout. Quelqu'un avait fait craquer une allumette, peut être pour me rassurer, depuis je n'ai jamais oublié l'image de toutes ces silhouettes dans la cave...
— Il est possible que votre peur vous apprivoise.
— Non. C'est la fatigue qui m'anesthésie.
...

À suivre...

mercredi 10 septembre 2008

Les voix de MU - [1]

Voici retranscrite une infime partie des enregistrements encore audibles sur les six bandes magnétiques dites « Les voix de MU » que les experts étudient depuis leur découverte il y deux ans. D'après les inscriptions portées sur leurs boites de protection, ces conversations sembleraient avoir été enregistrées par un opérateur radio du 08 septembre au 04 octobre 1966 sur l'atoll de Mururoa. Les enquêtes successives menées auprès des autorités de l'époque n'expliquent toujours pas les circonstances de ces captations. L'armée refuse toujours le moindre commentaire à ce sujet.

Enregistrement du 08 septembre 1966 – 01h37
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— Je vous en prie, calmez-vous...
— Bon sang mais dites-moi au moins d'où vous émettez !
— Je vous répète que ce n'est pas important.
— Et moi je vous répète qu'ici TOUT est important. Vous venez me parler sur une fréquence militaire : vous comprenez que c'est pas rien ? Mon job, mon putain de job, c'est aussi de consigner toutes les communications alors pour la dernière fois veuillez décliner votre identité, votre lieu d'émission et tout le toutim ! C'est quand même pas compliqué... Sinon libérez la fréquence !
...

Enregistrement du 08 septembre 1966 – 02h04
...
— Vous pouvez nous appeler MU.
— Vous êtes plusieurs ?
— Oui, si vous voulez. Je et nous c'est un peu pareil.
— Allons bon.... Et MU c'est un nom de code ?
— Si vous voulez. Notre nom n'est pas aisé à prononcer dans votre langue.
— Vous travaillez pour les soviétiques? les chinois ?
— Nous travaillons pour vous.
— Pour la France ?
— Non pour vous.
— Pour moi ?!
— Oui.
— J'imagine que vous savez que quelqu'un peut vous entendre sur cette fréquence ?
...

Enregistrement du 08 septembre 1966 – 03h25
...
— Quel rêve venez-vous de faire ?
— C'est quoi cette question ? je suis de quart... j'ai pas dormi.
— Disons que vous avez eu une brève absence...
— Que voulez-vous dire ?
— J'insiste, quel rêve venez-vous de faire ?
— Ben vous alors !... vous allez rire si je vous le dis !
— Il n'y a pas de honte à faire des rêves.
— Sauf pendant le service...
— Qui le saura ?
— M'ouais... C'était plutôt agréable en fait. Quelqu'un est venu m'embrasser sur le front. J'étais allongé sur la plage et...
— Et une femme est venue vous parler à l'oreille.
— Mais merde, merde, merde ! qui êtes vous ? mais qui êtes-vous nom de Dieu ?
...

Enregistrement du 08 septembre 1966 – 03h37
...
— Comment vous sentez-vous ?
— Mieux.
— Je vous crois.
— C'était vous la fille avec les yeux dorés ?
— C'était Nous, oui.
— J'ai eu envie de pleurer...
— Oui, je comprends, c'est souvent comme ça.
— Sur la plage, j' veux dire dans le rêve, vous me disiez de ne pas avoir peur n'est-ce pas ?
— Oui.
— De quoi ne devrais-je pas avoir peur ?


À suivre...